Martin, 52 ans

« Avoir besoin d’aller aux toilettes toutes les
30 minutes, est-ce normal? »

Je ne me rappelle pas quand tout cela a commencé. Inconsciemment, je devais nier l'évidence depuis quelque temps. Cette idée ne m'avait jamais traversé l'esprit, et quand il a bien fallu me rendre à l’évidence, j'ai continué dans le déni. De l'incontinence? Moi? Peut-être chez les hommes âgés, mais pas moi. Jamais.

Mais, aller aux toilettes toutes les trente minutes… est-ce normal? Au début, j’avais toujours de bonnes explications. J’ai bu trop de café, ou une bière le soir d’avant. Il fait vraiment froid dehors. Or, quand j’ai commencé à avoir des fuites juste après être allé aux toilettes, j’ai dû me rendre à l’évidence… je devais faire quelque chose.

J’ai d’abord commencé par mettre du papier hygiénique dans mes sous-vêtements. Comme il ne s’agissait que de quelques gouttes, cela tenait jusqu’à la prochaine visite au petit coin. Au bout d’un certain temps, j’ai commencé à utiliser les protège-dessous de ma femme. Comme ils sont auto-adhésifs, ils restaient bien en place dans mon sous-vêtement. Par contre, ils n'absorbaient pas beaucoup. Et puis, il y avait l'odeur.

La situation devenait plus embarrassante, je perdais peu à peu confiance en moi. J’ai commencé à me replier sur moi-même, à éviter ma femme. Je m’organisais pour ne pas aller au lit en même temps qu'elle. L’intimité était hors de question.

J’ai fini par prendre mon courage à deux mains et je lui ai raconté ce qui m'arrivait. Cela a tout changé, mais pas de la façon dont je l’aurais cru. Je ne sais pas au juste à quoi je m’attendais. Aurait-elle une réaction de dégoût ou me trouverait-elle moins « viril »? La première chose qu’elle m’a dit c’est qu’elle était soulagée que je n'entretenais pas une liaison. Hein! Pouvez-vous l’imaginer? La situation nous a beaucoup rapprochés. Avoir pu en parler était le plus important.

Grâce à elle, j’ai consulté un médecin qui m’a fait un examen physique et un dépistage du cancer de la prostate. Le résultat était négatif. Il m’a recommandé de faire des exercices pour renforcer la vessie et m’a donné des protections spécialement conçues pour les hommes. Maintenant, j’en ai toujours un paquet dans l’armoire et je peux vous dire qu’elles sont nettement plus confortables que les protège-dessous de ma femme.

Je me bats cependant encore tous les jours contre les fuites. Quand je sens l’urgence d’uriner, toutes les facultés de mon cerveau se focalisent sur une seule chose : où se trouvent les toilettes ou même, le buisson le plus près. Tout le reste cesse d’exister. Les gens doivent se poser des questions quand je « disparais » subitement et que je ne leur réponds plus.

Au moins, je sais qu’il est possible de s’en sortir, même si j’ai mis du temps pour y arriver.